Cette Interview de Fabrice Auger inaugure une nouvelle rubrique qui nous tient particulèrement à coeur et qui rythmera la vie du site. En effet, Motarz souhaite apporter un regard différent en s'intéressant bien sûr aux motos, mais aussi aux motards.
Fabrice Auger est un pilote dynamique qui s'implique beaucoup dans sa passion et qui a fait partie des premiers membres de Motarz . Nous vous proposons de le découvrir au travers de cette interview. Vous pouvez également le retrouver sur son site personnel .
Motarz : Peux-tu, tout d'abord, te présenter à nos lecteurs ? Fabrice Auger : J'ai 26 ans, j'habite à Reims. J'ai passé mon permis moto à 18 ans et le virus de la compétition m'a rapidement "attaqué". J'évolue dans le milieu de la vitesse depuis 2003. A l'époque, je travaillais dans une concession moto, j'ai arrêté cette activité en 2005 pour ne me consacrer qu'à la course. Je souhaitais m'investir à 100% dans ce sport car je sentais que j'avais de réelles capacités pour aller plus loin…cette année là, je termine 3ème de la coupe de France 600 Promosport après avoir fait les ¾ de la saison en tête. J'ai progressé rapidement (malgré avoir quasiment tout appris seul) car ayant commencé sur le tard, je savais que je n'avais pas de temps à perdre.
Mz : Comment es tu arrivé à la compétition ? F.A : La concession dans laquelle je travaillais sponsorisait Bruno Bonhuil lorsqu'il roulait en Championnat de France Open, Super Roadster Cup…Bruno est une personne que je fréquentais régulièrement et c'est un peu lui qui m'a donné goût à la compétition. Il y a aussi d'autres facteurs comme celui de m'être fait retirer mon permis pour GRAND excès de vitesse, à ce moment là, je me suis dit qu'il fallait mieux que je ne mette mes roues que sur circuit. J'y ai fait mes premiers tours de roues en 2002 avec des amis motards et ça m'a plu tout de suite. Début 2003, mon patron m'a proposé de commander une 600 pour participer à des courses de " Promotion " et c'est là que tout a commencé…
Mz : Quel a été ton parcours ces dernières saisons et a quelles courses as tu participé en 2007 ? F.A : En 2003, j'ai fait trois courses de " Promotion " et deux courses en 600 Promosport (je n'arrivais d'ailleurs même pas à me qualifier !). En 2004, j'ai décidé de participer à l'intégralité de la coupe de France 600 Promosport et les résultats ont commencé à arriver à partir de la mi-saison avec des places dans les 10. Durant l'hiver, j'ai décidé de me préparer comme il se doit pour jouer devant (nombreux roulages, entraînement physique important…) et dès la première course 2005, je gagne devant tous les favoris. J'ai pris goût aux podiums et j'ai voulu y monter lors de chaque course. C'est comme ça que je termine 3ème du championnat. 2006, je passe sur une Yamaha pour m'aligner en championnat de France Open Stocksport et en 1000 Promosport. Je termine 5ème de l'Open (avec une 2ème place au Vigeant) et 8ème du Promo, n'ayant pu disputer mes chances sur les deux dernières courses à cause d'une blessure. 2007, championnat de France Superbike, championnat du monde d'endurance et Dark Dog Moto Tour.
Mz : Quels étaient tes objectifs et quel bilan tires-tu de ta saison 2007 ?
F.A : Compte tenu de la saison 2006, mes
objectifs pour la saison 2007 étaient de terminer dans les cinq
premiers du Superbike. Mais je me suis rendu compte dès la première
course que d'une part, le niveau était très relevé et que d'autre part
la saison allait être rythmée par les pneumatiques qui nous seraient
attribués. A partir de là, nous ne courions plus dans le " même "
championnat…J'ai forcé pour faire le maximum et rester au contact des
meilleurs mais ce qui devait arriver arriva : deux grosses chutes
entraînant de mauvaises blessures (bassin fêlé, déchirures musculaires,
côtes cassées…). Du coup, deux résultats blancs et un forfait. Quand un
championnat compte sept courses et que tu en loupe trois, c'est mort. Pour
l'endurance, tout s'est beaucoup mieux déroulé, une 6ème place aux
qualifs des 24 heures du Mans mais une casse mécanique à 2 heures du
matin nous a stoppés. Puis, le Team Power Bike 113 a estimé que je
n'étais pas à la hauteur pour participer au Bol d'Or avec eux,
certainement aux vues de mes résultats en vitesse. Les conditions dans
lesquelles j'évoluai en Superbike étaient totalement différentes de
celles de l'endurance et je pense qu'il ne faut pas tout mélanger. Pour
le Bol, le Team Endurance Moto 38 m'a fait confiance et nous gagnons la
catégorie Superproduction avec une 7ème place au scratch…un parfum de
revanche !
Mz : Que retiens-tu de ta participation au championnat Superbike, en endurance et au Moto Tour ? F.A : J'ai
un mauvais souvenir de ma saison de Superbike, de très bons en
endurance et je retiens une très belle expérience du Dark Dog Moto
Tour. Il est clair que dans cette discipline (et les sports mécaniques
en général), le pilote n'est pas seul maître de ses résultats. Il faut
prendre en compte la moto, les pneus, les gens qui t'entourent…c'est
primordial !
Mz :Peux tu nous présenter l'équipe qui t'entoure et te soutient ? F.A : J'ai
la chance d'avoir de fidèles partenaires qui me soutiennent et ce,
quelque soit les résultats. Mon concessionnaire, Alain Autin, SKY MOTOS
à Châlons-en-Champagne, croit en moi et me donne tous les éléments pour
y arriver. Quand ça se passe mal, il ne m'en tient pas rigueur et sait
qu'il y aura des jours meilleurs. C'est d'ailleurs l'état d'esprit de
la plupart de mes partenaires qui connaissent pour certains le milieu
de la compétition. C'est très important. J'ai également une très bonne
équipe technique et logistique, des amis très présents qui m'aident dès
qu'ils le peuvent et une famille parfaite !
Mz : As-tu déjà bouclé ton programme pour 2008, si oui quel est il ? Quelles sont tes difficultés ? F.A : Le
programme 2008 n'est pas encore bouclé à 100% mais je sais déjà que je
m'alignerai en Championnat de France Supersport au guidon de la
nouvelle R6. Pour l'endurance, je suis en discussion pour participer à
l'intégralité du championnat du monde d'endurance et je retenterai
peut-être l'aventure du Moto Tour. Il n'y a pas réellement de
difficultés hormis le fait de réunir le budget nécessaire pour rouler
dans les meilleures conditions. De plus, quand tu passes du 1000 au
600, les gens pensent que tu " redescends " de niveau ou de catégorie
mais pas du tout ! Le niveau en Supersport est tout aussi relevé que
celui du Superbike avec la présence de pilotes de renom, je change
simplement de catégorie, c'est un nouveau challenge pour acquérir de
nouvelles sensations et surtout pour oublier l'année de galère que je
viens de connaître.
Mz : Que penses-tu de l'évolution du niveau des pilotes et des teams du championnat de France ? F.A : En
France, le niveau des pilotes est excellent. Il ne faut pas penser
qu'il n'y a pas de niveau chez nous. Je pense que cette année, avec
l'apparition du Superbike et le début des efforts de la Fédération pour
professionnaliser le championnat, le milieu de la vitesse a pris un
vrai coup de boost. Tout le monde s'est appliqué à présenter une bonne
image de la moto malgré un manque cruel de médiatisation, on va dans le
bon sens. De plus, quelque soit la catégorie, il y avait de très belles
bagarres entre de très bons pilotes.
Mz : En dehors de piloter, que fais-tu, quelle est ta profession ? F.A : Je
ne fais que ça ! Je me suis aperçu que si tu veux réussir, il faut s'en
donner les moyens. Et pour ça, il faut y consacrer 100% de son temps.
Entre la préparation physique primordiale, les entraînements,
courses…ça te laisse peu de temps. De plus, je suis en formation au
Brevet d'Etat d'Educateur Sportif moto, donc j'ai régulièrement des
stages de formation et de pilotage. Enfin, je suis président de mon
association Marne Moto Sport (reconnue organisme d'intérêt général).
Avec mon ami, Eric Delforge, nos objectifs sont de promouvoir le sport
motocycliste dans notre région (Champagne-Ardenne) et interpeller les
motards aux dangers de la route. Nous travaillons en partenariat avec
la cellule sécurité routière de la préfecture de la Marne et à ce
titre, nous participons à des journées de sensibilisation.
Mz : Pratiques-tu la moto en dehors de la compétition ? F.A : Je
ne roule plus en moto sur la route depuis trois ans. J'ai repris un peu
pour m'entraîner au Moto Tour mais je trouve cela dangereux. C'est
d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je travaille avec la
préfecture. J'aimerai bien faire du Supermotard cet hiver pour acquérir
de nouvelles sensations, je pense que c'est une bonne école.
Mz : Quelles évolutions seraient, d'après toi, nécessaires pour rendre la vie des pilotes plus simple ? F.A :
Une meilleure médiatisation. Nous souffrons beaucoup du manque de
reconnaissance de notre sport. Lorsque tu vas démarcher des sponsors,
ce n'est pas toujours simple de parler de vitesse moto. En Espagne ou
en Italie c'est un sport national, les courses sont retransmises sur
des chaines nationales à une heure de grande écoute (comme la F1 en
France). C'est surtout sur ce point qu'il faut se pencher pour
faciliter notre " boulot ".
Pour info, je pars au Qatar lundi pour la finale du championnat du monde d'endurance avec mon Team Endurance Moto 38.
Mz
: Merci a toi, on ne manquera pas de suivre les résultats de ta course
au Qatar. On te souhaite le même succès qu'au Bol d'Or.